WalidIA Tous les numéros

Le geste n° 1

Ne demandez plus à une IA de résumer un document

Septembre 2026

Le geste : chaque mois, ce que l'IA change dans une décision, un circuit, une équipe — à partir d'un cas que j'ai traité.

Le raté

Cet été, j'ai voulu gagner du temps sur le rapport « Charges et produits » de l'Assurance maladie pour 2027. Il fait 341 pages, et une partie de ce qu'il contient a des effets directs sur les achats hospitaliers. Je l'ai donc collé dans une IA et j'ai demandé un résumé, comme on le fait tous au début.

Le résumé était propre, fidèle, et je n'avais rien à lui reprocher sur le fond. C'est en reprenant le rapport moi-même, un peu plus tard, que le problème est apparu : presque tout ce qui touchait aux achats et aux produits de santé avait disparu, tout simplement parce que ce n'était pas ce que le rapport mettait en avant.

Je ne dirais donc pas que ce résumé était faux. Il était fidèle, et c'est justement ce qui le rendait inutile pour moi : un résumé neutre restitue les priorités de l'auteur, rarement celles du lecteur.

Ce que ça a changé

Depuis, je ne demande plus de résumé, en tout cas pas sur un document où j'ai quelque chose à décider. Un résumé raccourcit le texte sans savoir ce que j'en attends. Ce dont j'ai besoin est d'une autre nature : une grille de décision, c'est-à-dire une lecture qui part de ce que je dois trancher et qui va chercher dans le document ce qui pèse sur cette décision, quitte à laisser de côté ce qui fait les titres.

La mesure, sur ce rapport, est simple. Avant, je le faisais lire et synthétiser, ce qui prenait deux bonnes heures à quelqu'un, plus une réunion pour en parler. Là, j'avais en cinq minutes la liste de ce qui me concernait.

Même document, deux demandes

Première demande, la plus simple : « Résume ce document. » L'IA m'a rendu les quatre axes de l'Assurance maladie, virage préventif, parcours de soins, juste soin au juste prix, lutte contre les fraudes, et le chiffre qui fait les titres, 15,9 milliards d'euros de déficit fin 2025, 13,8 milliards prévus pour 2026. Tout cela est exact, et je le savais déjà en ouvrant le rapport. Ce que je ne savais pas, c'est ce que j'avais à en faire.

Deuxième demande, avec trois éléments ajoutés en tête : qui je suis, un dirigeant qui pilote des achats hospitaliers ; ce que je dois décider ; une consigne, pas de résumé, de quoi trancher. Le même rapport, la même machine, et cette fois quatre points que la première lecture avait laissés au fond :

  • la désescalade thérapeutique en oncologie et son effet sur les volumes de molécules onéreuses (proposition 23) ;
  • la prescription dans le répertoire des génériques et biosimilaires sur les molécules à enjeu financier (proposition 24) ;
  • les incitations à déprescrire en établissement (proposition 28) ;
  • la gradation des soins dans les groupements hospitaliers de territoire (proposition 18).

Quatre propositions numérotées, que je peux retrouver dans le texte, vérifier, et poser sur la table. Entre les deux demandes, seule la question a changé, et c'est elle qui décide de ce qui remonte.

Le prompt à copier

Commencez simple : trois lignes suffisent pour voir l'écart. Remplissez les trois champs ci-dessous avec votre situation, le prompt se compose à mesure.

Composez votre demande

Rien n'est envoyé : tout se passe dans votre navigateur.

Les trois champs sont pré-remplis avec un exemple. Remplacez-les par votre situation.

Version complète, pour les documents qui engagent

Elle vaut la peine pour les documents qui engagent, une réponse à un appel à projets, une convention, un projet à lancer. Plus longue à remplir, et c'est ce remplissage qui oblige à dire clairement ce qu'on veut décider. Les crochets restent à remplir.

Tu es [le rôle expert dont j'ai besoin pour lire ce document : ex. directeur
de cabinet, contrôleur de gestion, juriste de la commande publique, DRH].
Tu maîtrises [les deux ou trois compétences clés que ce type de document exige].

Mon contexte : je suis [ma fonction]. Je reçois ce document et je dois décider
[la décision concrète : répondre ou non à cet appel, signer ou non, lancer ou
non ce projet]. Je ne veux pas un résumé. En cinq minutes, je veux de quoi
trancher.

À partir du document collé plus bas, produis [la forme de sortie attendue :
ex. une note de décision d'une page]. Pour cela :
1. Dis en une phrase ce dont il s'agit réellement, et signale le piège de
   nature s'il y en a un — ce que le document a l'air d'être contre ce qu'il est.
2. Établis les critères durs [d'éligibilité, de conformité, de risque] et
   signale toute condition bloquante.
3. Distingue ce qui est acquis de ce qui reste à ma charge : coût, effort,
   délai, engagement.
4. Extrais les échéances et les points de passage obligés.
5. Dis qui doit porter ce dossier en interne.
6. Conclus par une recommandation tranchée — go / no-go conditionnel — et
   ses conditions.

Contraintes : [longueur voulue], phrases complètes, aucune reprise du plan du
document. Chaque affirmation renvoie à l'endroit du texte qui la fonde.
Signale ce que le document ne dit pas et que je dois vérifier moi-même.
Aucune formule décorative.

[Coller ici le document.]

À refaire dès lundi

Prenez le dernier document que vous avez fait résumer sans rien préciser, et refaites l'essai deux fois : d'abord « résume ce document », puis les trois lignes ci-dessus avec votre fonction et votre décision. Comparez. C'est cet écart, plus qu'un discours, qui se montre le plus facilement à une équipe.

Recevoir la lettre

Le geste chaque mois, le décryptage quand l'actualité l'impose.

Deux envois par mois au maximum. Désinscription en un clic. Votre adresse ne sert qu'à l'envoi de la lettre.

Ce que ça change dans l'organisation

Avant, sur un document de ce type, un directeur lisait, résumait, et une réunion tranchait à partir de son résumé. Le circuit fonctionnait, il était simplement long, et il faisait reposer sur lui un tri qu'il n'avait pas toujours les éléments pour faire à ma place.

Maintenant, je formule la question de départ, la machine produit la grille, et le directeur la vérifie contre le texte : il regarde si ce qui remonte est juste, et si c'est transformable en action dans son périmètre. Son travail a changé de nature, de lire à vérifier, de résumer à juger la faisabilité, et je crois que c'est là qu'il apporte le plus.

Ce que je garde : la question de départ et la décision finale. La machine lit vite, mais elle ne sait rien de ce que j'ai à trancher tant que je ne le lui ai pas dit, et cette part-là ne se délègue pas. Le prochain geste raconte ce que ce déplacement produit dans une équipe.

Et vous

Sur votre dernier document important, qu'est-ce que le résumé a laissé passer ?

En réponse directe, une ligne suffit.

Les prochains gestes

  • N° 2 Donnez la note à vérifier, pas à rédiger. Ce que ce renversement demande, et ce qu'il déplace dans les rôles.
  • N° 3 Ne collez pas n'importe quel document dans n'importe quel outil. La règle en trois niveaux, et la question à poser à son DSI.
  • N° 4 Ne relisez pas tout pour vérifier ce que l'IA vous rend. Contrôler une sortie contre le document source.